Santé mentale : la came isole (EP.91) : Différence entre versions

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Dépression, schizophrénie, boulimie, insomnie... Jusqu'ici tout va bien, les noms de ces troubles liés à nos chers cerveaux ne vous sont pas étrangers. Mais si j'évoque la phobie sociale, l'accumulation pathologique, le syndrome d'hyperphagie, de trouble disruptif avec dysrégulation émotionnelle... Vous voilà perdu·e·s. Ne vous inquiétez pas, le DSM-5, la bible des maladies psychologiques, est là pour vous aider. Ou pas. Plongez avec nous dans le monde merveilleux de la santé mentale. Ses vrai·e·s malades, ses fausses maladies et ses joyeux laboratoires qui ne perdent jamais de vue leur rentabilité. Pas fous.
 
Dépression, schizophrénie, boulimie, insomnie... Jusqu'ici tout va bien, les noms de ces troubles liés à nos chers cerveaux ne vous sont pas étrangers. Mais si j'évoque la phobie sociale, l'accumulation pathologique, le syndrome d'hyperphagie, de trouble disruptif avec dysrégulation émotionnelle... Vous voilà perdu·e·s. Ne vous inquiétez pas, le DSM-5, la bible des maladies psychologiques, est là pour vous aider. Ou pas. Plongez avec nous dans le monde merveilleux de la santé mentale. Ses vrai·e·s malades, ses fausses maladies et ses joyeux laboratoires qui ne perdent jamais de vue leur rentabilité. Pas fous.
  

Version actuelle datée du 9 janvier 2020 à 23:39

Informations techniques
Saison 8
Episode 91
Date de sortie 13/12/2019
Durée

Dépression, schizophrénie, boulimie, insomnie... Jusqu'ici tout va bien, les noms de ces troubles liés à nos chers cerveaux ne vous sont pas étrangers. Mais si j'évoque la phobie sociale, l'accumulation pathologique, le syndrome d'hyperphagie, de trouble disruptif avec dysrégulation émotionnelle... Vous voilà perdu·e·s. Ne vous inquiétez pas, le DSM-5, la bible des maladies psychologiques, est là pour vous aider. Ou pas. Plongez avec nous dans le monde merveilleux de la santé mentale. Ses vrai·e·s malades, ses fausses maladies et ses joyeux laboratoires qui ne perdent jamais de vue leur rentabilité. Pas fous.

Mathieu Bellahsen est psychiatre et praticien hospitalier en Île-de-France. Il est auteur de Santé mentale : Un bonheur sous contrôle paru en 2014 aux éditions La fabrique et anime : un blog sur Mediapart. Il participe au mouvemnt : Le printemps de la psychiatrie pour un renouveau des soins psychiques.

Script

Si les symptômes sont dans la tête, les bénefs sont dans la poche. Bonjour !

En 2018, plus de 300 millions de personnes souffraient de dépression dans le monde. Près de 800.000 individus se suicident chaque année. C'est la seconde cause de mortalité chez les 15

29 ans. En France, en 2017, les dépenses de l'Assurance Maladie liées à une maladie psychique ou à un traitement chronique par psychotropes dépassaient les 20 milliards d'euros, second poste budgétaire après les hospitalisations ponctuelles. Bien au-dessus des frais engagés pour soigner les maladies cardiovasculaires ou les cancers. La folie nous guetterait-elle tous et toutes ?

Plutôt que de pointer du doigt les "malades", faisons donc un saut dans le temps. Dans les années 1950, Julius Axelrod, biochimiste américain, publie une série de travaux majeurs sur le rôle des neurotransmetteurs. Des substances chimiques qui passent l'information d'un neurone à l'autre via les synapses. Et si la chimie issue des laboratoires permettait d'agir sur ces neurotransmetteurs ? Voilà comment sont nés les "Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine" - ISRS en raccourci _ une catégorie de médicaments psychotropes justement utilisés pour soigner... la dépression, certaines formes d'anxiété, les TOC, bref toute une liste de troubles dont la source pourrait être dans la chimie de nos cerveaux.

À la même époque naît le DSM, en français le "Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux", qui tente une classification unifiée de ces troubles. 1952, première édition : 106 troubles mentaux sont listés. Aujourd'hui, le DSM 5, publié en 2013, en documente près de quatre fois plus. D'où vient cette bascule ? Préparez vos neurotransmetteurs, virage technique. L'approche des DSM 1 et 2 était psychodynamique. On considérait les troubles mentaux essentiellement liés à l'histoire et à la psyché de chaque individu. Les traitements ? Principalement la psychothérapie ou la psychanalyse. On parlait avec un professionnel. En 1980, dans le DSM-III, c'est l'approche neurobiologique qui prend le dessus : les troubles mentaux seraient dus à des déséquilibres chimiques du cerveau. Ils pourraient donc être soignés... par la chimie. Comme on soigne une fracture avec un plâtre. Adieu parole, bonjour pilules. De quoi réjouir les grands laboratoires pharmaceutiques.

Car, qui dit pathologie listée, dit médicament remboursé et donc ventes assurées. Nommer une pathologie devient un enjeu commercial. L'impuissance, honte sociale associée à des trauma psychiques, devient "dysfonction érectile". Un simple problème physique soluble dans un cachet de Viagra. Ni vu, ni connu, vous avez acheté la boîte. Une autre ? Allez ! 1986 : le groupe pharmaceutique Eli Lilly commercialise le célèbre Prozac, censé aider en cas de dépression. 1994, le DSM-IV mentionne dans ses annexes un très flou "trouble dysphorique premenstruel" qui guetterait les femmes chaque mois. 1999, Eli Lilly sort le Sarafem, justement pour traiter ce trouble. La différence avec le Prozac ? Aucune. Hormis l'emballage : le Sarafem est couleur lavande, parce que vous savez, les femmes, tout ça... En réalité Sarafem et Prozac contiennent exactement le même psychotrope, la fluoxetine, au même dosage.

Oui mais, vous allez me dire : et si ça marche ? Et bien justement. Pour les maladies psychiatriques sévères, les médicaments découverts dans les années 60 offrent de vrais résultats. Mais pour les troubles bien plus légers, c'est nettement moins évident. Si l'on prend les études cliniques sur les antidépresseurs, seuls 50% des patientes et patients traités avec le médicament connaissent une amélioration mesurable, même légère. Enface, dans le groupe traité avec un placébo, ils sont 40% à connaitre une amélioration. On est loin de la preuve irréfutable d'efficacité. En revanche, les ISRS ont de nombreux effets secondaires, comme la dépendance, le risque de malformation foetale chez les femmes enceintes ou, au hasard, la levée de l'inhibition qui peut mener à des tendance suicidaires, notamment chez les adolescents. Tiens donc. Peut importe, tant que les boîtes se vendent. Et elles se vendent. Le top 5 des ISRS rapporte entre 1 et 3Mrds de dollars par ans aux grands laboratoires pharmaceutiques.

Vous vous souvenez de la bascule entre approche psychodynamique et neurobiologique ? En 1997, Sheila Mehta, professeure de psychologie à l'université de Montgomery, Alabama, a tenté une expérience. Le but ? Voir si ce changement avait un effet sur la façon dont on considère les personnes en souffrance mentale. Résultats : les sujets convaincus que les troubles mentaux provenaient d'un déséquilibre biologique dans le cerveau, traitaient les "faux patients" du test de façon plus agressive. À l'inverse, celles et ceux qui pensaient que l'origine des troubles était psychosociale étaient plus cléments. Considérer que les troubles psychiques sont d'ordre biologique nous amène à traiter les personnes touchées comme des "malades", fondamentalement différents de nous. Comme si le fossé entre "normal" et "anormal" était encodé dans nos gènes. Dérangeant non ?

En modifiant notre perception des troubles mentaux, l'arrivée des psychotropes associée à la pression commerciale des laboratoires a transformé la façon dont nous traitons collectivement celles et ceux qui sont touchés. En France, entre 2012 et 2015, le nombre de personnes hospitalisés à temps plein dans les services psychiatriques contre leur gré a augmenté de 13%. Dans les prisons françaises, en 2014, 8 détenus sur 10 présentaient un trouble psychiatrique. Aujourd'hui, 30% des personnes vivants dans la rue présentent des troubles psychologiques.

Nous surmédicamentons les troubles les plus faibles, les marchés les plus rentables. Et nous abandonnons progressivement, celles et ceux qui en ont le plus besoin. Dans l'hexagone, les unités de soins psychiques sont au bord de l'implosion. Entre 1990 et 2016, le nombre de lits d’hospitalisation a été diminué de moitié. Il est temps de regarder plus loin que nos cerveaux et de rééquilibrer la balance entre pilules et paroles.

Sources

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NA NA ameli.fr - Présentation et principaux résultats NA NA https://www.ameli.fr/l-assurance-maladie/statistiques-et-publications/etudes-en-sante-publique/cartographie-des-pathologies-et-des-depenses/presentation-et-principaux-resultats.php NA
NA NA ameli.fr - Rapports Charges et produits pour les années 2018 à 2020 NA NA https://www.ameli.fr/l-assurance-maladie/statistiques-et-publications/rapports-et-periodiques/rapports-charges-produits-de-l-assurance-maladie/rapports-charges-et-produits-pour-2018-a-2020/rapport-charges-et-produits-pour-l-annee-2019.php NA
2013 NA La Ritaline en hausse en France, mais encore limitée Libération.fr NA https://www.liberation.fr/societe/2013/07/18/la-ritaline-en-hausse-en-france-mais-encore-limitee_919232 fr
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2013 NA "On assiste à une médicalisation de l'existence" Le Monde.fr NA https://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/05/13/on-assiste-a-une-medicalisation-de-l-existence_3176453_1650684.html fr
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Crédits

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Réalisé par Henri Poulain
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