« Franc CFA : une monnaie de plomb (EP.64) » : différence entre les versions

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Le franc CFA est une monnaie utilisée dans 14 pays d'Afrique sub-saharienne. Créé par la France en 1945, c'est la seule monnaie coloniale encore en circulation dans le monde.
Le franc CFA est une monnaie utilisée dans 14 pays d'Afrique sub-saharienne. Créé par la France en 1945, c'est la seule monnaie coloniale encore en circulation dans le monde.

Version du 1 septembre 2017 à 12:16

Informations techniques
Saison 5
Episode 64
Date de sortie 07/11/2016
Durée 10:29

Le franc CFA est une monnaie utilisée dans 14 pays d'Afrique sub-saharienne. Créé par la France en 1945, c'est la seule monnaie coloniale encore en circulation dans le monde.

Une exception qui a des répercussions bien réelles sur les économies de ces pays africains. Entre limitation des capacités d'investissement et immobilisme des élites, certains économistes et historiens défendent l'idée qu'il est temps de sortir de cette "servitude monétaire".

Avec Kako Nubukpo, directeur de la francophonie économique et numérique pour l'Organisation Internationale de la Francophonie, co-auteur de "Sortir l’Afrique de la servitude monétaire. À qui profite le franc CFA ?".[1]

Script

rigtMême quand elle fait 4.206 kilomètres, une laisse reste une laisse. Bonjour !

Qu'est-ce qui vaut 0,0015 euros, qui est utilisé dans 14 pays d'Afrique sub-saharienne et fabriqué dans deux charmantes petites bourgades de notre cher pays, Chamalières et Pessac[2] ? Le franc CFA[3][4][5]. Avec le franc comorien - qui vaut 0,002 euros - ce sont les deux seules monnaies coloniales encore utilisées dans le monde. Souvenirs, souvenirs.

Le Franc CFA vaut 0,0015€. C'est 0,0020 pour le Franc Comorien.

En 1958, il devient « Franc de la "Communauté" Française d'Afrique », joies des nuances. En 1960, alors que ces colonies obtiennent l'indépendance, le Franc CFA, lui, reste en place. Pour les pays d'Afrique de l'Ouest - réunis aujourd'hui au sein de l'UEMOA - il devient le « Franc de la Communauté Financière Africaine » et pour ceux d'Afrique Centrale - qui se retrouveront plus tard au sein de la CEMAC - l e « Franc de la Coopération Financière en Afrique Centrale »[6][7][8]. Simple, non ?

Au passage, 4 règles sont posées. Premièrement : le Trésor Public Français garanti la convertibilité des Francs CFA et Comoriens dans n'importe quelle autre monnaie. Sympa. Mais, en échange, 50% des réserves de franc CFA et 65% de celles du franc Comorien doivent être déposées sur les comptes du Trésor Public en France. Ensuite, le taux de parité entre les francs CFA ou comoriens et l'euro est fixe. Par exemple 1 euro = 655,957 FCFA et ça dure depuis 1999. Enfin, les transferts de capitaux dans la « zone franc » sont entièrement libres et gratuits[7][8]. Pratique.

Ce système est censé stabiliser les finances des États africaifns qui l'utilisent. Pour la France, la Zone Franc, constitue même « un instrument de solidarité et de développement ». Regardons dans le détail. Parmi les 15 pays de la « Zone Franc », 13 sont classés comme « pays pauvres et très endettés » par le FMI[9]. Pourtant, après l'Asie, le continent africain est la seconde locomotive de la croissance mondiale[10]. Étrange.

Pour assurer la parité avec l'euro, les pays où circulent des francs CFA sont obligés de contrôler leur inflation. C'est-à-dire l'argent en circulation. 2% côté UEMOA, 3% pour les pays de la CEMAC[11][7][12]. Les banques nationales limitent donc les prêts aux entreprises. Ces prêts ne représenteraient que 23% du PIB dans la « zone franc », alors qu'ils frôlent 150% en Afrique du Sud et dépassent 100% en Europe[7][13]. Moins de crédits, donc moins d'investissements par les pays eux-mêmes, moins d'infrastructures. Et, in fine, moins de développement.

Mais grâce au libre transfert des capitaux, les entreprises étrangères, elles, peuvent investir sur place. La nature est bien faite. Dans les pays de l'UEMOA, les sociétés françaises assurent souvent 50% des investissements étrangers[14]. En 2011, la BNP, la Société Générale et le Crédit Lyonnais représentaient, à elles seules, 70% du chiffre d'affaires des banques dans la « zone franc »[15].

En étant directement connecté à l'euro, le franc CFA est surtout déconnecté du contexte économique des pays où il circule. L'euro en fait une monnaie forte. Plutôt que de produire sur place, il devient plus rentable d'importer les biens produits par des pays avec une monnaie faible, comme la Chine. Pour l'UEMOA par exemple, les importations chinoises sont passées de 3.9% en 2005 à près de 11% en 2014[16].

Enfin, une monnaie commune - comme le franc CFA - devrait booster le commerce entre les pays de cette « zone franc ». Comme en Europe où 60% des échanges se font entre les pays de la zone euro[17]. Sauf qu'en 2014, les exportations des pays de l'UEMOA vers ceux de la CEMAC dépassaient à peine 3%. Et moins de 2% des importations de l'UEMOA provenaient de la CEMAC[16]. Pas de quoi tirer ces économies vers le haut.

La « Zone Franc » a 77 ans et dans ces pays - indépendants depuis plus de 50 ans - les décisions monétaires sont toujours faites sous le regard de Paris, présent dans les organes décisionnaires des banques centrales. Peut-être que l'âge de la retraite a sonné.

Kako Nubukpo

Conclusion

Aujourd'hui, le continent africain compte désormais 23 places boursières. Leur capitalisation est passée de 257 milliards de dollars en 2000 à 1.260 milliards de dollars en 2010, faisant de l'Afrique la quinzième place financière dans le monde[17].

Au cours des années 1960, la « livre sterling ouest africaine » disparaissait progressivement des anciennes colonies britanniques africaines comme le Nigeria ou le Ghana[17]. À la fin des années 1970, les Caisses d'Emission d'Afrique de l'Est et d'Afrique de l'Ouest - qui géraient ces monnaies - fermaient également leurs portes.

Le Franc CFA, lui - en restant puissamment arrimé au franc puis à l'euro depuis 1999 - est lié à des impératifs monétaires bien éloignés des territoires sur lesquels s'échangent ses pièces et ses billets. Les pays de la zone franc se retrouvent pris en étau entre un besoin de croissance - 7% fixés par l'ONU dans sa feuille de route des Objectif du Millénaire pour le Développement[18] - et une obligation de maîtrise drastique de l'inflation en dessous des 2%. Difficile de construire sereinement au milieu d'injonctions contradictoires.

Sources

Sources principales

  1. http://www.monde-diplomatique.fr/2017/01/ROBERT/57015
  2. https://www.mediapart.fr/journal/international/090816/le-franc-cfa-23-entre-domination-et-servitude-volontaire?onglet=full
  3. https://themoneyconverter.com/FR/XAF/EUR.aspx
  4. https://themoneyconverter.com/FR/XOF/EUR.aspx
  5. http://www.xe.com/fr/currency/kmf-comoran-franc
  6. http://www.tresor.economie.gouv.fr/8047_40-ans-dhistoire-de-la-zone-franc
  7. 7,0 7,1 7,2 et 7,3 https://www.mediapart.fr/journal/international/090816/le-franc-cfa-23-entre-domination-et-servitude-volontaire?onglet=full
  8. 8,0 et 8,1 http://www.tresor.economie.gouv.fr/FILE/375747
  9. https://www.imf.org/external/np/exr/facts/fre/hipcf.htm
  10. http://www.pauljorion.com/blog/2016/04/16/les-avatars-du-franc-cfa-flux-des-capitaux-et-regression-economique-en-afrique-francophone-par-sanou-mbaye/
  11. http://www.pauljorion.com/blog/2016/04/16/les-avatars-du-franc-cfa-flux-des-capitaux-et-regression-economique-en-afrique-francophone-par-sanou-mbaye/
  12. https://www.banque-france.fr/search-es?term=rapports+annuels+de+la+zone+franc
  13. http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FS.AST.PRVT.GD.ZS?end=2015&start=1960&view=chart
  14. http://www.senat.fr/rap/r13-104/r13-104_mono.html#toc72
  15. http://www.senat.fr/rap/r13-104/r13-104_mono.html#toc72
  16. 16,0 et 16,1 http://www.bceao.int/Bases-de-donnes.html
  17. 17,0 17,1 et 17,2 http://www.pauljorion.com/blog/2016/04/16/les-avatars-du-franc-cfa-flux-des-capitaux-et-regression-economique-en-afrique-francophone-par-sanou-mbaye/#_ednref2
  18. https://www.cairn.info/revue-afrique-contemporaine-2012-1-page-133.htm

Sources secondaires

"Il faut sortir de l’omerta sur le franc CFA" : https://is.gd/1oqNK2

"Sortir l'Afrique de la servitude monétaire" : https://is.gd/bxiorF + https://is.gd/0z6RAI

Sources complémentaires

Des livres, des articles, des films viendront compléter la réflexion.

Crédits

Crédits
Un programme court proposé par Premières Lignes et Story Circus en coproduction avec France Télévisions.
Écriture et enquête Julien Goetz

Sylvain Lapoix

Réalisé par Henri Poulain
Graphisme/Animation Laurent Kinowski

Alexandre Yiannaki

Sound design Christophe Joly
Mixage Yves Zarka
Produit par Luc Hermann
Images et montage Juliette Faÿsse
Directeur de production Aurélien Baslé
Assistante de production Julie Ayreault
Production exécutive - StoryCircus Hervé Jacquet
Musique Cezame Music Agency
Archives Getty Images
France Télévisions Nouvelles Écritures Pierre Block de Friberg

Céline Limorato

Gwenaëlle Signaté

Annick Jakobowicz

Léo Fauvel

France info Julien Pain
Administratrice de production Sandrine Miguirian
Avec la participation du Centre National du Cinéma et de l'Image Animée