Marchands d'armes : trous de balles et poudre aux yeux (EP.34)

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Informations techniques
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Saison 3
Episode 34
Date de sortie 25/04/2015
Durée 3:50

L'industrie de l'armement est un fleuron national. Mais cette industrie, dominée par un petit groupe d'entreprises, touche un secteur sensible : celui de la vente d'armes particulièrement réglementé. Comment ce marché parvient malgré tout à faire du business de la guerre un commerce presque comme les autres ?

Script

rigtQui veut sa paie, prépare la guerre. Bonjour.

Près de 6,8 milliards d'euros, voilà le joli total affiché en bas du carnet de commandes des entreprises françaises de l'armement en 2013. Soit une hausse de plus de 42% par rapport à 2012, notamment grâce à 8 contrats de plus de 200 millions d'euros chacun conclus dans le secteur aéronaval.

Près de 6,8 milliards d'euros, voilà le joli total affiché en bas du carnet de commandes des entreprises françaises de l'armement en 2013. Soit une hausse de plus de 42% par rapport à 2012, notamment grâce à 8 contrats de plus de 200 millions d'euros chacun conclus dans le secteur aéronaval[1]. Avec pas moins de 74 pays-clients depuis 2010, la France est aujourd’hui le 5ieme exportateur mondial d'armement[1]. Mais ça n'a pas toujours été le cas.

Jusqu’à l’indépendance de l’Algérie en 1962, c'est l’armée française qui absorbait la majeure partie de la production nationale. Les exportations concernaient quelques pays, notamment le jeune état d'Israël. Mais dans les années 1960, le général de Gaule change de stratégie. Il déclare un embargo sur l'état hébreu et oriente les ventes d’armes vers deux grands pays producteurs d'un pétrole dont la France raffole : l’Irak de Saddam Hussein et l'Arabie Saoudite. Cette même Arabie Saoudite qui est aujourd’hui le premier client de la France avec près de 2 milliards d’euros de commandes rien qu’en 2013. Les armes, ça crée des liens.

Mais n’allez pas croire que la République vend tout cet arsenal les yeux bandés. Chaque entreprise du secteur et chaque vente négociée doit recevoir une autorisation spéciale, souvent accompagnée de conditions d’utilisation précises : comme l'interdiction formelle de revente de ces armes. Le moindre contrat est validé par le président de la République. Et le business de l'armement devient un enjeu diplomatique. Ou pas.

Car, côté rentabilité, la meilleure option reste encore de jouer sur tous les tableaux. Prenons l'Inde et le Pakistan. Depuis le début du conflit en 1947, le matériel tricolore brille sur les champs de bataille. Quand, dans les années 1950, l'Inde utilise les chasseurs Ouragan que la France lui a vendu, le Pakistan répond dès les années 1960 avec les Mirages 3E, poursuivis dans les années 1980 par les Mirages 2000 indiens, eux-mêmes menacés par les batteries anti-aériennes Mistral livrées au Pakistan en 1991.[2]

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Dans ce marché de gros contrats, il faut savoir mettre tous les atouts de son côté. L'armement ne connait pas les “pots de vin”, simplement les “frais commerciaux exceptionnels” qui peuvent atteindre 11% du montant des transactions ! En Arabie Saoudite, le contrat pour la rénovation de la flotte remporté par la compagnie française DCNS en 1994, a permis de verser plus de 46 millions d'euros au prince Sultan, près de 30 millions pour son frère Fahd et 41 millions aux autres princes[3]. De quoi les convaincre de signer en bas de la page. Jusqu’en 2000, l’Etat français rendait même ces commissions déductibles des impôts.

Mais tout va bien, depuis le Protocole de Genève en 1926, la France participe à 26 programmes d’encadrement du contrôle des armes. Et, en tant que membre de l'Union Européenne et de l'ONU, elle est également soumise à des embargos sur 15 pays et 7 forces non-gouvernementales.[4]

Sauf que le business l'emporte parfois sur les bonnes intentions. La Chine, par exemple, est soumise à un embargo depuis le massacre de la place Tiananmen en 1989. Mais l’Union européenne accorde régulièrement des dérogations à ses Etats membres. La France a ainsi pris la 2è place des exportations militaires vers la Chine. Elle totalise 100 millions d’euros de commande par an depuis 2009, juste derrière la Russie[5]. Dès 2010, Nicolas Sarkozy alors président, soucieux de la bonne santé commerciale du secteur, suggérait l’abandon des sanctions vis-à-vis de la Chine[6]. Et tant pis pour les violations des Droits de l'Homme de Pekin qui elles n'ont jamais cessé.
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Aujourd'hui, l'Asie et le Moyen-Orient représentent plus de la moitié des commandes mondiales d'armement[1]. Voilà des zones du globe qui, grâce à des tensions permanentes, permettent de maintenir un marché légèrement en baisse ces dernières années. Après tout, dans la vente d'armes, le plus important c'est la vente.

Sources

Sources principales

  1. 1,0, 1,1 et 1,2 http://is.gd/B8TvPg
  2. http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Armes_de_corruption_massive-9782707153074.html
  3. http://www.liberation.fr/societe/2009/07/10/ventes-d-armes-tout-est-deal_569594
  4. http://www.senat.fr/rap/l07-006/l07-0060.html#fn1
  5. http://www.leparisien.fr/flash-actualite-economie/l-armee-chinoise-se-renforce-grace-a-l-industrie-europeenne-30-04-2014-3807147.php
  6. http://www.lepoint.fr/editos-du-point/jean-guisnel/l-europe-prete-a-lever-l-embargo-sur-les-ventes-d-armes-a-la-chine-03-01-2011-126352_53.php

Sources complémentaires

Des articles, des vidéos, des émissions viendront poursuivre la réflexion.

Crédits

Crédits
Un programme court proposé par Premières Lignes Télévisions et Story Circus en coproduction avec France Télévisions.
Écriture et enquête Julien Goetz & Sylvain Lapoix
Réalisé par Julien Goetz & Henri Poulain
Directeur artistique Henri Poulain
Graphiste Gilles Roqueplo
Sound design Christophe Joly
Mixage Yves Zarka
Productrice exécutive Laurence de Rosière
Production exécutive StoryCircus
France 4 / France Télévisions Nouvelles Écritures Boris Razon

Cécile Deyon

Renaud Allilaire

Christophe Cluzel

Administratrice de production Sandrine Miguirian