Made in Germany (EP.28)

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Informations techniques
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Saison 3
Episode 28
Date de sortie 07/03/2015
Durée 3:46

Depuis la crise de 2008, le "modèle allemand" revient souvient comme étant l'exemple à suivre pour sortir du marasme et relancer l'économie. Regardons un peu dans le détail ce que rassemble ce "modèle allemand".

Script

rigtÀ trop regarder la copie de son voisin, on en oublie de remplir la sienne. Bonjour !

Porté par le “Boom Izanagi”, le Japon survole la crise avec plus de 10% de croissance par an ! Mais en 1990, la bourse de Tokyo s'effondre, fin du mythe.

Ah, LE modèle Allemand ! Depuis la crise de 2008, à en croire nos dirigeants, il semblerait qu'en matière d'économie, l'herbe soit plus verte outre-Rhin. Cela dit, ça n'a rien de nouveau. À chaque crise, son bon élève.

Dès les années 1970 l'économie mondiale vacille, ébranlée par les « chocs pétroliers ». Tout le monde cherche alors à comprendre le “miracle japonais”. Porté par le “Boom Izanagi”, le Japon survole la crise avec plus de 10% de croissance par an ! Mais en 1990, la bourse de Tokyo s'effondre, fin du mythe.[1]

Peu importe : Américains et Britanniques prennent le relais. Le “modèle anglo-saxon” devient un nouveau phare dans la nuit. Dérégulation et prise de risques sont les mots d'ordre de l'économie mondiale. Jusqu’à la désormais célèbre crise des subprimes en 2008.

Et voilà que surgit notre voisin d'outre-Rhin. Alors que l'Europe chavire, le “modèle allemand” semble être un vaccin contre la récession. En Allemagne, au cœur de la crise, le chômage ne cesse de baisser[2]. Entre 2008 et 2013, les exportations du pays progressent de 15%, passant de plus de 1.100 Mrds d'euros à 1.280 Mrds d'euros[3]. Soit plus que les exportations de la France et des Pays-Bas cumulés. Et côté croissance, c'est aussi le beau fixe. De -5.6% en 2009, celle de l'Allemagne a bondi à 4.1% en 2010[4]. Deux fois plus que les tristes 2% français.

Gerard Schröder, chancelier de 1998 à 2005, serait l'artisan de ce « modèle allemand ». Début 2000, il lance une série de réformes baptisées « lois Hartz » avec un mot d'ordre : flexibilité.[5] Entre 2003 et 2005, quatre lois entrent en application. Successivement, elles facilitent l’intérim, développent les emplois précaires et peu taxés, favorisent la création d’entreprises, fusionnent allocations chômages et aides sociales et, pour finir, durcissent les conditions d’accès aux prestations sociales.

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10 ans plus tard, les effets sont visibles : en décembre 2014, le taux de chômage en Allemagne est tombé à 4,5%, un record depuis la réunification[6]. Et les femmes en sont les principales bénéficiaires : entre 2005 et 2012, l’Allemagne a gagné près de deux millions de  travailleuses, divisant par deux le chômage féminin depuis le début des années 2000.[7]

Sauf que ces chiffres masquent une autre réalité. En 2012, 7,3 millions d’Allemands disposaient d’un « mini-job »[8]. Pour ces emplois d'appoint à faibles charges, la rémunération ne peut pas dépasser 450 euros mensuels. Et plus de 63% de ces emplois sont occupés par des femmes, notamment âgées. À cause des mini-cotisation de ces mini-contrats, ces travailleuses se préparent de glorieuses retraites à moins de 140€ par mois[9]. Le modèle a ses failles.

Et surtout, il cache un autre système : « le capitalisme rhénan »[10]. Vieux de près de deux siècles, c'est lui qui a réellement permis à l'Allemagne de résister à la crise de 2008. Un modèle décentralisé où la richesse est répartie sur le territoire, le Länder le plus productif ne produisant que 1,7 fois plus que le moins productif[11]. Où les secteurs industriels s'organisent pour réduire la concurrence, facilitant la recherche. Et où les salariés, dans les comités d'entreprise, disposent de droits de véto sur les grandes décisions.

Un système notamment fragilisé par le fameux « modèle allemand » porté par Gerard Schröder qui s'est surtout inspiré de la flexibilité anglo-saxonne. En 2013, 12,5 millions d'Allemands vivaient sous le seuil de pauvreté, un record depuis 1990[12]. 3,5 millions de salariés gagnaient moins de 6 euros de l'heure[13]. Du coup, depuis le 1er janvier 2015, l'Allemagne dispose d'un salaire minimum[14]. Comme en France.

L'herbe est toujours plus verte ailleurs. Surtout quand on oublie de regarder celle qui pousse sous nos pieds.

Sources

Sources principales

  1. http://www.clio.fr/CHRONOLOGIE/chronologie_japon_du_miracle_japonais_aux_incertitudes_actuelles.asp
  2. https://web.archive.org/web/20150320065331/http://ec.europa.eu/eurostat/tgm/refreshTableAction.do?tab=table&plugin=1&pcode=tsdec420&language=fr
  3. http://ec.europa.eu/eurostat/data/database
  4. http://ec.europa.eu/eurostat/eurostat/tgm/table.do?tab=table&init=1&plugin=1&language=fr&pcode=tec00115
  5. https://www.alternatives-economiques.fr/blogs/lechevalier/2013/04/30/dix-ans-de-reforme-hartz-un-modele-du-genre%E2%80%A6/
  6. https://www.destatis.de/EN/FactsFigures/NationalEconomyEnvironment/LabourMarket/LabourMarket.html
  7. https://www.insee.fr/fr/statistiques/1407994?sommaire=1407999
  8. http://www.metiseurope.eu/7-millions-de-mini-jobs-en-allemagne-vraies-et-fausses-precarites_fr_70_art_29296.html
  9. http://www.slate.fr/lien/52511/allemagne-140-euros-retraite-femmes-emploi-precaire-minijob
  10. https://fr.wikipedia.org/wiki/Capitalisme_rh%C3%A9nan
  11. http://ec.europa.eu/eurostat/documents/2995521/5173650/1-27022014-AP-EN.PDF/a46ded44-83cf-4368-9315-27f96bcc3a0e?version=1.0
  12. https://www.lesechos.fr/20/02/2015/lesechos.fr/0204174006166_allemagne---12-5-millions-de-personnes-sous-le-seuil-de-pauvrete--un-record.htm
  13. http://www.hebdo.ch/les-blogs/la-r%C3%A9daction-en-ligne/le-salaire-minimum-une-chance-pour-r%C3%A9parer-le-9-f%C3%A9vrier
  14. http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/02/26/20002-20150226ARTFIG00219-le-salaire-minimum-mensuelest-desormais-bien-plus-eleve-en-allemagne-qu-en-france.php

Sources complémentaires

Des articles, des vidéos, des émissions viendront poursuivre la réflexion.

Crédits

Crédits
Un programme court proposé par Premières Lignes Télévisions et Story Circus en coproduction avec France Télévisions.
Écriture et enquête Julien Goetz & Sylvain Lapoix
Réalisé par Julien Goetz & Henri Poulain
Directeur artistique Henri Poulain
Graphiste Céranne Gantzer
Sound design Christophe Joly
Mixage Yves Zarka
Productrice exécutive Laurence de Rosière
Production exécutive StoryCircus
France 4 / France Télévisions Nouvelles Écritures Boris Razon

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Renaud Allilaire

Christophe Cluzel

Administratrice de production Sandrine Miguirian