La crise ou le trésor des entreprises perdues (EP.26)

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Informations techniques
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Saison 3
Episode 26
Date de sortie 21/02/2015
Durée 3:31

Depuis 2008, le mot "crise" est sur toutes les lèvres. Elle toucherait toutes les bourses et viendrait mettre en péril les économies européennes. Mais à quelque chose le malheur est bon et, la nature n'aimant pas le déséquilibre, cette crise qui fragilise les uns assure le plein emploi à d'autres.

Script

rigtC'est bien connu, les plus gros trésors sont dans les mains des squelettes. Bonjour !

Début 2015, une éclaircie apparaît au dessus des entreprises françaises. En 2014, 62.716 redressements judiciaires, liquidations et autres plans de sauvegardes ont été prononcés par les tribunaux de commerce. Soit une baisse de 0,8%[1]. La première depuis sept ans. Enfin une bonne nouvelle !

Mais pas pour tout le monde. Car, grâce la crise de 2008, un nouveau marché est apparu : celui des faillites. Dans les années 1970, moins de 20.000 sociétés déposaient le bilan chaque année[2]. Depuis 2008, elles sont plus de 60.000 par an ! Une aubaine pour les experts de la liquidation et autres pros du reclassement.

Regardons les « manager de crise » par exemple. Ces pros des coupes franches  viennent épauler les dirigeants en difficulté. Selon un étude, à raison de 1500e par jour,  ils auraient générés 37,8 millions d'euros de chiffre d'affaire en 2013. Avec 20% de croissance annuelle, voilà un secteur en plein essor[3][4].

Ce business de la crise n'est pas nouveau. Prenons François Pinault, 7è fortune de France avec 13 milliards d’euros[5]. Il a bâti son empire sur les ruines d’Isoroy, leader du contreplaqué, racheté en 1986 pour un franc symbolique. L'état lui verse alors plus de 115 millions d'euros d’aides pour sauver 4000 emplois.

Pinault supprimera finalement 1000 emplois, puis démantèlera la société afin de mieux la revendre 8 ans plus tard, en 1992, pour… plus de 200 millions d'euros ![6] Une belle culbute. Et peu importe que l’aide initiale ait été considérée illégale par une décision de la Commission européenne.[7]

Mais des réussite comme celle-ci n'auraient jamais été possibles sans une spécificité bien française : les tribunaux de commerce. On y retrouve les représentants des dirigeants, des cadres et des commerçants locaux. Mais aucun juge professionnel n'y siège et pas de trace des employés.

Au cœur de ces tribunaux, certains ont trouvé le bon filon. Les greffiers, les mandataires judiciaires et les administrateurs judiciaires. Les trois professions réglementées les mieux payées en France[8]. Le premiers plafonnent à plus de 29.000 euros net de revenu médian par mois. Plus de 27 mois de SMIC en un seul. Ils sont suivi par les deux autres, tout deux avec revenu médian mensuel qui dépasse les 25.700 euros. Et tant qu'à faire, tous les trois sont en situation de monopole.

Quand une entreprise est en liquidation, les administrateurs judiciaires remplacent le patron pour gérer l’entreprise. Et tant que la procédure est en cours, ils se rémunèrent sur les fonds de la société. Pourquoi se presser pour trouver une solution ?[9][10]

Les mandataires judiciaires quant à eux s'occupent eux d'éponger les dettes. Et justement, ils sont payés proportionnellement à ce qu'ils liquident. 70% des entreprises jugées par les tribunaux de commerce sont mises en liquidation[11]. Pas simple de préserver une société qui rapporte plus en pièce détachées.

Mais pas d'inquiétude, si le redressement tourne mal, les employés sont confiés à des cabinets de reclassement. En moyenne, un salarié suivi coûte 2000 à 3000 euros. Du coup, pour une usine automobile de 500 ouvriers, la facture dépasse rapidement 1 million d’euros.[3]

Une véritable industrie de la crise semble s'être installée autour d'un marché rentable. Ce qui explique peut-être que la France soit devenue la championne des faillites. Loin devant l'Allemagne ou l'Angleterre qui en comptent près de 2,5 fois moins, avec près de 26.000 faillites chacune en 2013.[12]

À croire que, quand on sait bien s'y prendre, nettoyer les restes est parfois plus payant que de soigner la bête.

Sources

Sources principales

  1. https://web.archive.org/web/20150315110237/http://www.altares.fr/etudes/defaillances-dentreprises-en-france-4eme-trimestre-2014/
  2. https://www.insee.fr/fr/statistiques
  3. 3,0 et 3,1 http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Le_business_des_faillites-9782707183484.html
  4. http://www.valtus.fr/lessor-du-management-de-transition-resultats-de-letude-2013-valtus-transition/
  5. https://www.challenges.fr/classements/fortune/
  6. http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Le_business_des_faillites-9782707183484.html
  7. http://europa.eu/rapid/press-release_IP-87-550_fr.htm
  8. https://www.economie.gouv.fr/files/files/PDF/2012-M-057-03-Tome1-pr.pdf#page=19
  9. http://www.letelegramme.fr/ig/generales/economie/dossier-doux-des-juges-sous-pression-s-a-quimper-17-09-2012-1841162.php
  10. http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-info/i1006.asp
  11. http://www.adira.com/upload/documents/Observatoire/Deloitte_altares_entreprise_difficulte_en_France.pdf
  12. https://www.lesechos.fr/monde/index.php

Sources complémentaires

Des articles, des vidéos, des émissions viendront poursuivre la réflexion.

Crédits

Crédits
Un programme court proposé par Premières Lignes Télévisions et Story Circus en coproduction avec France Télévisions.
Écriture et enquête Julien Goetz & Sylvain Lapoix
Réalisé par Julien Goetz & Henri Poulain
Directeur artistique Henri Poulain
Graphiste Jérôme Letué
Sound design Christophe Joly
Mixage Yves Zarka
Productrice exécutive Laurence de Rosière
Production exécutive StoryCircus
France 4 / France Télévisions Nouvelles Écritures Boris Razon

Cécile Deyon

Renaud Allilaire

Christophe Cluzel

Administratrice de production Sandrine Miguirian