Assistanat : un mythe qui ronge la solidarité (EP.66)

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Informations techniques
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Saison 5
Episode 66
Date de sortie 05/12/2016
Durée 11:19

Ah ! La France et son bon vieux mythe de l'assistanat. Comme s'il s'agissait d'une tare sociale transmise de générations en générations. Mais que trouve-t-on derrière cette stigmatisation des "assistés", de nouveau à la mode en période électorale ? Sans doute des questions bien plus profondes sur notre rapport à la pauvreté, à la solidarité et la valeur que l'on attribue au travail notre société dite "moderne" ou 8,8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté.

Avec Nina Schmidt, cheffe de projet à l'Observatoire des inégalités.[1]

Script

rigtTendre la main n'est pas pointer du doigt. Bonjour !

Part des prestations sociales dans le revenu des ménages français entre 1970 et 2015.

20% en 1970, 30% en 2000, 35% en 2015. C'est indéniable, la part des prestations sociales dans le revenu des ménages français n'a cessé d'augmenter depuis 45 ans[2]. Entre 2000 et 2014, le nombre d'allocataires de l'un des 11 minimas sociaux disponibles en France est passé de 3.342.500 à 4.126.700[3]. En 2013, les dépenses liées au versement de ces allocations représentaient près de 23 milliards d'euros.[4] Alors quoi ? Nous serions une société d'assistés ? Les raccourcis les plus courts mènent souvent droit dans le mur.

Ces allocations sont avant tout des « droits ». Et oui, le « droit à des moyens convenables d'existence » est inscrit depuis 1946 dans notre chère Constitution[5]. « Mais... et la fraude alors ? » Ah ! Les fameux profiteurs du système ? Posons les chiffres dans une balance.

En 2013, la fraude aux prestations sociales - c'est-à-dire celles et ceux qui perçoivent des aides sans y avoir droit - s'élevait à 350,5 millions d'euros[6]. De l'autre côté, la même année, la fraude aux cotisations sociales - c'est-à-dire principalement les employeurs qui ne paient pas ce qu'ils devraient - représentait 20 à 25 milliards d'euros[7]. Près de 70 fois plus. Les profiteurs ne seraient pas ceux que l'on croit.

Pour l'exemple, arrêtons-nous un instant sur le RSA, le Revenu de Solidarité Active. Fin 2014, sur 2.4 millions d'allocataires, les fraudes détectées par les Caisses d'Allocations Familiales concernaient moins de 1% des bénéficiaires[8]. Toujours en 2014, sur les 11,5 milliards d'euros nécessaires pour financer le RSA, le coût des fraudes représentait moins de 1.2% du budget global de cette allocation[9].

« Oui mais toutes ces aides, ça incite pas à travailler ! » Tiens donc. D'après une étude datant de 2006, parmi les allocataires des 11 minimas sociaux, 40% avaient du mal à trouver un emploi stable[10]. Par choix ? Pas vraiment. 96% d'entre eux était en recherche active de travail[11]. Mais faute de la bonne qualification, parce que le job est trop loin, que les transports coûtent trop cher ou encore parce qu'ils ou elles sont trop jeunes ou trop vieux, ils ne trouvent que des emplois précaires ou rien du tout.

Il y a aussi les 18% d'allocataires qui doivent faire face à des problèmes de santé. Près d'un sur trois continue quand même à chercher activement un travail là où les autres en sont tout simplement incapables physiquement[11]. Au final, sur l'ensemble des allocataires des minimas sociaux, moins de 1% déclare que reprendre un travail serait moins rentable que de toucher les aides sans rien faire.[11] Adieu mythe de l'assistanat.
En 2013, la fraude aux prestations sociales s'élevait à 350,5 millions d'euros[12].L a même année, la fraude aux cotisations sociales représentait 20 à 25 milliards d'euros[13]. Près de 70 fois plus.
Et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. L'autre s'appelle le « non-recours ». Toutes celles et ceux qui ont droit aux aides mais n'en bénéficient pas[14]. Soit parce qu'ils n'en n'ont pas fait la demande, soit parce qu'ils ne savent même pas que ces aides existent.

Pour le RSA, le taux de non-recours est de 50%. Si l'on se concentre sur le seul RSAactivité, versé aux travailleurs pauvres, le taux grimpe à 68%. Pour l'ACS, l'Aide au paiement d'une Complémentaire Santé, il varie entre 60% et 70%[15][14]. Au total, ce sont près de 10 milliards d'euros qui ne seraient pas réclamés chaque année[16]. Être aidé ne semble pas si simple.

Car, pour accéder à ces aides, il faut justifier que l'on y ai droit. Or démontrer que l'on est pauvre n'est pas ce qu'il y a de plus valorisant dans la vie. Face au risque de stigmatisation, certains y renoncent donc. En 2014, une étude menée dans le Gard a enregistré un taux de renoncement aux soins médicaux de 30%. Pour plus de 90% de ces patients, ce choix est fait malgré un besoin réel de soins[17]. Mieux vaut rester malade que devenir « assisté ». Triste réalité.

Selon l'Union Européenne et l'ONU, le seuil de pauvreté est fixé à 60% du revenu médian. Soit 1.008 euros mensuels pour une personne seule[18]. En 2014, 8,8 millions de français étaient sous cette limite[19]. Presque 14% de plus que 10 ans plus tôt, en 2004. En avril 2016, le RSA-socle pour une personne seule sans activité était de 525e, aide au logement comprise[20]. On est loin de l'opulence, même en y ajoutant d'autres aides potentielles.

La pauvreté est une réalité bien plus complexe qu'on ne l'imagine et aucun doigt accusateur ne pourra aider celles et ceux qui en souffrent.

Nina Schmidt

Conclusion

Il n'existe pas a pas « une » mais « des » pauvretés. Entre 1979 et 2011, dans le budget des ménages pauvres et modestes, la part des dépenses « contraintes » - loyer, électricité, gaz, assurances, téléphone, entre autres - est passée de 23% à 52%, contre une moyenne de 33,5% pour l'ensemble de la population française en 2011[20][21].

D'après une étude datant de 2006, parmi les allocataires des 11 minimas sociaux, 40% avaient du mal à trouver un emploi stable
Ces mêmes familles pauvres paient généralement plus cher que les autres ce qu'elles consomment[22][23]. Côté habitation, les petites surfaces étant plus recherchées, elles sont proportionnellement plus coûteuses. Les ménages défavorisés, habitant de petits logements, paient donc le mètre carré 5% plus cher en moyenne. Pas d'bol. Pour les petits biens, l'assurance aussi est plus chère, 20% supplémentaires par mètre carré en moyenne. Décidément. Idem pour la téléphonie mobile, ne pouvant s'engager sur des forfaits, les plus modestes se rabattent sur les cartes prépayées où la minute de communication est 15% à 50% plus élevée. Bienvenue en double peine.
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Entre 2003 et 2014, le nombre de dossiers de surendettements en France est passé de 165.000 à 230.000[20]. Une famille sur cinq est actuellement en situation de précarité énergétique[20]. Alors quoi ? On continue à parler d'assistés ? Ou on assume les besoins de solidarité ?

Sources

Sources principales

  1. http://www.inegalites.fr/
  2. https://www.insee.fr/fr/statistiques
  3. http://drees.solidarites-sante.gouv.fr/etudes-et-statistiques/open-data/minima-sociaux/les-minima-sociaux/article/nombre-d-allocataires-des-minima-sociaux
  4. http://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/minima2015.pdf#page=62
  5. http://www.assemblee-nationale.fr/connaissance/constitution.asp
  6. http://www.securite-sociale.fr/La-fraude-sociale#ancre_3
  7. http://www.securite-sociale.fr/La-fraude-sociale#ancre_2
  8. https://www.publicsenat.fr/lcp/politique/rsa-seul-1-des-foyers-beneficiaires-fraude-1374093
  9. https://www.publicsenat.fr/lcp/politique/rsa-seul-1-des-foyers-beneficiaires-fraude-1374093
  10. http://www.persee.fr/doc/caf_1149-1590_2008_num_91_1_2354
  11. 11,0, 11,1 et 11,2 http://www.persee.fr/doc/caf_1149-1590_2008_num_91_1_2354
  12. http://www.securite-sociale.fr/La-fraude-sociale#ancre_3
  13. http://www.securite-sociale.fr/La-fraude-sociale#ancre_2
  14. 14,0 et 14,1 http://www.doyouspoc.com/attente/
  15. https://www.atd-quartmonde.fr/produit/en-finir-avec-les-idees-fausses-sur-les-pauvres-et-la-pauvrete/
  16. https://www.atd-quartmonde.fr/produit/en-finir-avec-les-idees-fausses-sur-les-pauvres-et-la-pauvrete/
  17. https://www.cmu.fr/fichier-utilisateur/fichiers/ODENORE_BRSG_septembre%202014.pdf
  18. http://www.inegalites.fr/spip.php?article343
  19. http://www.inegalites.fr/spip.php?page=article&id_article=270&id_groupe=9&id_mot=76&id_rubrique=1
  20. 20,0, 20,1, 20,2 et 20,3 https://www.atd-quartmonde.fr/produit/en-finir-avec-les-idees-fausses-sur-les-pauvres-et-la-pauvrete/
  21. https://www.insee.fr/fr/statistiques/2384083?sommaire=2384132
  22. https://factsreports.revues.org/1218
  23. http://www.at-entreprise-pauvrete.org/toutes-nos-publications/les-penalites-de-pauvrete-en-france-comment-le-marche-aggrave-la-situation-des-populations-pauvres-facts-reports-2012/

Sources secondaires

  • "Le non-recours aux aides sociales, l’envers invisible de la fraude sociale" : https://is.gd/nntmOs
  • "Modulation des allocations : un modèle réservé aux pauvres est un pauvre modèle" : https://is.gd/wvEve5

Sources complémentaires

Des articles, des vidéos, des émissions viendront poursuivre la réflexion.

Crédits

Crédits
Un programme court proposé par Premières Lignes et Story Circus en coproduction avec France Télévisions.
Écriture et enquête Julien Goetz

Sylvain Lapoix

Réalisé par Henri Poulain
Graphisme/Animation Laurent Kinowski

Gilles Roqueplo

Nicolas G. Thiriet

Sound design Christophe Joly
Mixage Yves Zarka
Produit par Luc Hermann
Images et montage Juliette Faÿsse
Assistant monteur Roman Dugas
Directeur de production Aurélien Baslé
Assistante de production Mathilde Quéru
Production exécutive - StoryCircus Hervé Jacquet
Musique Cezame Music Agency
Archives Getty Images
France Télévisions Nouvelles Écritures Pierre Block de Friberg

Céline Limorato

Gwenaëlle Signaté

Annick Jakobowicz

France info Julien Pain
Administratrice de production Sandrine Miguirian
Responsable de communication Antoine Allard
Avec la participation du Centre National du Cinéma et de l'Image Animée